Partir en quad en hiver, ce n’est vraiment pas comme en été. Il fait froid. Il faut s’habiller beaucoup, superposer les couches, au point de se sentir comme le bonhomme Michelin. De plus, tout devient plus long et plus complexe : la préparation avant de partir, la météo à surveiller, l’état des sentiers surtout dans les champs, les arrêts au restaurant, même aller au petit coin relève du chemin de croix.
Malgré tout, quand on est bien équipés, prêts et habitués, on profite vraiment de la randonnée. Les paysages sont magnifiques et se transforment au fil des saisons. On est chanceux d’avoir accès aux sentiers de quad l’hiver, ça nous permet d’en faire toute l’année.
Pour voyage de 3 jours, on a décidé d’aller explorer les coins du Bas St-Laurent et du Témiscouata.
Vendredi : Saint-François-de-la-Rivière-du-Sud vers Rivière-du-Loup

Nous avons choisi comme point de départ le stationnement du Club quad de l’Oie-Blanche, à Saint-François-de-la-Rivière-du-Sud. On nous annonce une belle journée ensoleillée, avec une température clémente de -5 °C.
Déjà une anomalie…
En voulant sortir mon quad, un CAN-AM Outlander 850 MAX XTP, de la remorque, quelque chose attire mon attention, lorsqu’on regarde le dessus du coffre arrière, on dirait qu’il penche vers la droite. Je vérifie l’amortisseur, les tables et finalement le support de porte-bagages arrière et c’est là que je découvre le problème. Il a cassé. Je ne l’avais pas remarqué lors de l’inspection habituelle. Probablement qu’il n’était pas encore pleinement cassé à ce moment-là. On voit à la rouille sur la cassure que le problème ne date pas d’hier et que, ces derniers temps, ça ne tenait plus que par de l’espoir.

Trouver un soudeur équipé pour le sentier, c’est aussi rare qu’une route sans cônes orange en été. Et on ne veut pas annuler notre randonnée. Dans ce genre de situation, je sors mes 4 meilleurs amis : du ruban d’électricien, des « tie-raps », de la broche et les pinces vise-grip de différents formats. Avec ces outils, on peut faire beaucoup de miracles. La réparation finale se résume comme suit : 2 pinces vise-grip pour maintenir le support en place, du ruban d’électricien pour éviter qu’ils décrochent et de la broche pour éviter de les perdre si cela arrive.

On décolle!

On va vers Saint-Jean-Port-Joli en passant par Saint-Cyrille-de-Lessard. Le trajet alterne entre les sentiers, sur des chemins forestiers, rangs de campagne et portions partagées avec les motoneiges. Les sentiers sont beaux sur fond dur. Au bout de quelques dizaines de kilomètres, on fait un petit arrêt rapide pour revérifier la réparation temporaire. Elle n’a pas bougé, c’est excellent ! On continue!


Puis on met le cap vers le Club Hiboux pour dîner.

En après-midi, le paysage change, les sentiers deviennent plus étroits, plus sinueux, et on roule en pleine forêt. Le parcours traverse les territoires des clubs quads Les Avant-Gardistes 3 et 4 roues, Les Maniaques de Woodbridge et L’Est-Quad.

Plus loin, dans le secteur de Saint-Joseph-de-Kamouraska et Saint-Alexandre-de-Kamouraska, le décor s’ouvre : on roule sur des champs et sous les lignes d’Hydro.

On fait ensuite un arrêt au belvédère près du barrage Mohawk, à Saint-Antonin. À l’origine, l’usine de pâte, construite vers 1888, portait le nom de « Lavoie, Blondeau, Soucy et Ass. ». Le barrage est érigé en 1933 pour exploiter la force hydraulique de la Rivière-du-Loup. Il crée un réservoir d’environ 1,5 km et alimente directement, par turbines, les défibreurs à meule servant à produire la pâte mécanique. En 1973, l’usine est vendue à la compagnie Mohawk, d’où le nom du barrage, qui en poursuivra les activités jusqu’au début des années 2000.

Après cet arrêt, nous avons repris les sentiers en direction de Rivière-du-Loup, notre destination finale, où nous passerons les deux prochaines nuits.
Samedi : boucle dans le secteur des Basques et Témiscouata

Le plan de la journée est de rouler vers Trois-Pistoles et ensuite descendre vers Notre-Dame-du-Lac-Témiscouata. Puis, revenir vers Rivière-du-Loup. Une bonne journée de randonnée. Après un déjeuner, on s’habille, on embarque sur les quads. Le mien démarre après un 2ᵉ essai.
Le Polaris de Julie décide de nous bouder… encore!
On entend que des « click click » lorsqu’on essaie de démarrer. Le quad Polaris Sportsman 850 de Julie ne semble pas aimer les démarrages à froid en période hivernale.
Je sors les câbles à surtension et, après un seul essai, le VTT démarre. Je range le tout et on décolle, direction vers le nord-est !
Passerelle Trois-Pistoles
Premier arrêt à la passerelle Trois-Pistoles. Elle est connue sous le nom de Passerelle Basque. Ce pont suspendu d’environ 44 m de long, situé à 25 m au-dessus de la rivière, offre une belle vue sur le cours d’eau et les vestiges d’un ancien barrage hydroélectrique. Un fait historique intéressant et amusant au sujet du nom de la rivière et de la ville : vers le 17ᵉ siècle, une chaloupe se serait échouée devant une rivière du même nom. Un des matelots, en voulant boire, aurait laissé tomber un gobelet d’argent, d’une valeur équivalente à trois pistoles (anciennes pièces de monnaie), et se serait exclamé : « Voilà trois pistoles perdues ! »

On met ensuite le cap vers le sud-est, en direction du mont Citadelle, où l’on prévoit s’arrêter pour dîner. Dans ce coin, le trajet alterne entre de longs rangs dégagés et des sentiers boisés, tout en traversant quelques villages issus du mouvement de colonisation, fondés autrefois, entre autres, pour freiner l’exode des familles vers les États-Unis.
Notre-Dame-du-Lac-Témiscouata
Après un succulent dîner, on avait prévu d’aller voir les éoliennes à Saint-Honoré-de-Témiscouata, mais avec les nuages relativement bas et la petite neige qui tombe, on a laissé tomber l’idée. C’était un aller-retour de 34 km, alors on a plutôt continué vers le sud-est.
On roule tranquillement dans le secteur du club quad Trans-Témis, un sentier boisé vraiment agréable et sinueux.
Rendus à Cabano, on fait le plein d’essence, puis on file vers l’observatoire de Notre-Dame-du-Lac-Témiscouata. Malgré les nuages et la neige, on a droit à une vue sur le lac Témiscouata sous un ciel d’hiver.


Puis vient une expérience peu banale, la traversée sur un lac gelé pour se rendre à Saint-Juste-du-Lac, une distance de 1,5 KM. Ce n’est pas tous les jours qu’on circule en même temps que des voitures sur un pont de glace. Il existe depuis plus de 140 ans et c’est l’un des rares endroits encore actifs au Québec pour ce genre de traversée. À l’époque, c’était un lien vital entre 2 villages et maintenant il sert de raccourci pour éviter de faire 40 km de plus par la route.

Retour et une belle soirée en vue
On rebrousse chemin pour retourner à Rivière-du-Loup. Sur le retour, entre Saint-Hubert et le relais de l’Est-Quad, on passe par un coin vraiment cute : la traversée des lutins.


Le samedi, c’est la journée de la Saint-Valentin, alors j’ai préparé une petite surprise pour ma blonde qui m’a fait fondre le cœur. Lorsque j’ai organisé le voyage quelques mois auparavant, j’avais réservé un souper dans un restaurant gastronomique et décontracté ainsi qu’un taxi à son insu.
Je voulais juste qu’elle se laisse porter, qu’elle profite sans penser à rien. On s’est mis sur notre 36, on a ri, puis on a savouré chaque bouchée et chaque seconde ensemble. Bref, une soirée parfaite, remplie d’amour et de bonne bouffe.

Dimanche : retour vers le stationnement

C’est déjà la dernière journée de ride. Le temps passe toujours trop vite quand on a du plaisir! Pour le retour, on reprend essentiellement le même tracé que le premier jour, mais à l’envers, avec quelques petits détours histoire de varier le paysage.
Malgré que la météo ait annoncé moins d’un cm de neige, il est plutôt tombé entre 20 cm et 30 cm de neige (8 à 12 pouces) entre Rivière-Verte et Saint-Alexandre-de-Kamouraska. La neige levait en grands panaches blancs devant le quad, donnant presque l’impression de rouler dans un nuage.


Au lieu de partir vers Saint-Jean-Port-Joli, on bifurque vers les Sentiers d’Ixworth. On en profite pour faire une pause au belvédère des chutes de la rivière Sainte-Anne, mieux connu comme les chutes d’Ixworth.

On poursuit ensuite vers le populaire restaurant Le Jasmin à Tourville pour le dîner. En chemin, on traverse un secteur reconnu pour son ravage de chevreuils. Ils sont partout. On en a vu plusieurs qui traversaient tranquillement ou qui nous regardaient du bord du sentier. Il faut être prudent, ils sont nombreux et peuvent parfois bondir devant nous sans avertissement.

Après le dîner, il reste moins d’une centaine de kilomètres de sentiers avant d’atteindre le stationnement. La fin se fait déjà sentir, mais on refuse de laisser ça nous voler le plaisir. Au contraire, on savoure pleinement chaque kilomètre jusqu’à la destination finale.

Conclusion
On a eu droit à trois jours de météo impeccable dans le Bas-Saint-Laurent. Ciel parfois clair, parfois nuageux avec quelques légers flocons de neige, froid juste assez vif pour garder les sentiers beaux et fermes. L’hiver transforme complètement le décor, les champs ouverts deviennent immenses, les forêts sont silencieuses et parfois recouvertes d’un épais manteau blanc, et tout paraît plus grand, plus lumineux.
On revient la tête pleine d’images et de souvenirs. Et surtout, un immense merci aux bénévoles des clubs, c’est grâce à eux et à leur passion qu’on peut vivre de belles aventures en sentier.
Oh, et avant de clore le récit, vous vous demandez sans doute si la réparation temporaire a tenu le coup… Je peux vous le confirmer : elle est restée solide comme le roc ! Vous l’aurez deviné, la prochaine sortie de mon quad est chez une « shop » de soudure pour une réparation permanente et solide.
